Le drame haïtien

par Jean-Claude Louis

Partager cet événement de mon séjour en Haiti ou le garder en silence présente pour moi tout un dilemme. Le premier voudrait non seulement dire aller à l’encontre de toutes les émotions positives et joyeuses partagées sur ma page Facebook pendant ce séjour de 16 jours sur ma terre natale. Le taire signifierait aller à l’encontre d’une caractéristique principale de ma personne qui est de raconter les événements tels quels et ne pas cacher les blessures de ce pays que j’adore. En choisissant de le divulguer, je ne témoigne pas seulement d’un drame personnel mais d’un drame haïtien vécu par plusieurs ces dernières semaines.

Il est 20 heures et 30, le jeudi 18 février et notre soirée tire à sa fin. Dans le salon, aux côtés de ma mère, mes deux soeurs et de mon ami d’enfance J. que je n’avais pas revu depuis 15 ans, j’échange sur plusieurs sujets, partant de nos années en garderie, du froid montréalais, de mon “abandon” du territoire et même de la vie de couple. Les éclats de rire fusent depuis 3 heures,  mais il est venu le temps pour quelques uns de partir. Mon ami n’habite pas loin de chez ma soeur cadette  et lui propose de l’accompagner; dans son sac, il a une arme à feu pour sa sécurité. Voulant prolonger la durée de visite de ma soeur et prendre des photos de famille, je la retiens chez nous, elle et ses deux fils. Mon ami nous quitte. 10 minutes plus tard, après la séance photo et les adieux, j’accompagne ma soeur et mes neveux  âgés de 12 et 4 ans dans la voiture déjà garée sur la rue devant notre demeure.

La pénombre a envahi la chaussée. Mes neveux ont déjà pris place et ma soeur a démarré la voiture quand, désireux de la garder encore plus longtemps, je m’appuie sur la portière avant gauche pour lui dire quelques mots. Une lumière vive s’allume soudainement sur le trottoir à quelques mètres et s’avance vers nous, telle une moto ramenée par deux ou trois personnes. Quels sont les risques que ces gens soient des braqueurs, me demandai-je, debout à côté du véhicule, en fixant la lumière et en fermant lentement la portière comme pour protéger les passagers ? J’ai ma réponse quand je vois un homme me pointer de son arme quelques secondes plus tard.

Deux secondes passent avant que je comprenne la situation. Devant moi s’agitent deux hommes, l’un portant un casque et l’autre habillé d’un débardeur. Ma soeur crie et je vois ma mère, qui m’attendait  devant la barrière,  sortir, tout de blanc vêtue, et appeler au secours au milieu de la rue, d’une voix retentissante, en agitant les bras. Impassible, je ne bouge pas du chemin, mon esprit parcouru par plein d’idées sur l’authenticité de l’arme, sur la possibilité de réagir. J’entends aussi en mémoire la voix de ma mère raconter, quelques minutes plus tôt, l’histoire d’un homme ayant été assassiné pour avoir résisté à des ravisseurs.  “M’ap tire w’ wi!” (je vais t’abattre) lance finalement l’homme armé. Ma soeur, qui s’est barrée dans la voiture, ouvre la porte et descend, pieds nus. M’ap tire’w wi” nous répète l’homme, alors que ma mère crie encore à l’aide inlassablement à quelque distance de nous. En voyant mon neveu de 12 ans passer de l’autre côté de la voiture je l’accompagne à la barrière de chez nous et c’est là que je vis une scène que je ne suis pas prêt d’oublier.

Devant la voiture, ma soeur n’a pas bougé. L’homme armé la tient et lui lâche deux mots qui me transpercent l’âme : “Ann’ale” (Allons-y!) Allons-y? L’homme voulait-il partir avec ma soeur? L’idée de ne plus la revoir me fit trembler de tout mon être et regardant ma mère crier encore plus fort pour ses enfants,  je m’approche de l’homme en répétant, à plusieurs reprises un mot rempli de peine, de supplication, de douleur et d’amour:”noooon…. nooon… noooon…”. Je dis ce mot à plusieurs reprises alors qu’il me pointe de son arme et que je marche calmement vers lui et ma soeur…  Quand j’attrape finalement ma soeur par le bras,  quelque chose change dans les yeux du ravisseur;  l’homme armé la lâche et recule… Ayant noté ce changement, je dis à ma soeur: “ale,ale” (va-t-en, va-t-en).  Elle hésite, regarde dans la voiture et voit son fils de 4 ans sur le siège arrière. Je lui répétai alors d’un ton rassurant: “Ale.” Elle s’écarte légèrement de l’homme alors que j’ouvre la porte.  “Viens” : dis-je à mon neveu. Celui-ci dont les yeux montrent la peur et l’incertitude s’enfonce encore plus dans le siège arrière en me voyant lui tendre la main. Ma mère me rejoint et je lui répète : “Viens, Viens.” Finalement il s’approche du siège avant, je le passe à ma mère qui le tend à ma soeur.  Après m’être éloigné de la voiture, j’entends ma soeur murmurer : “mon sac.” Je reviens alors vers le siège avant et j’attrape le sac qui détient son ordinateur portable de travail.  Une fois que nous nous sommes tous éloignés, les hommes armés, qui sont restés à l’écart et qui n’ont plus dit mot, s’emparent de la voiture et s’enfuient.

Une semaine après cet événement, de retour à Montréal, je reçois un message de ma mère qui me remercie et me dit que ma réaction m’avait été inspirée par Dieu. Mais c’est elle que je remercie de nous avoir, tout le long de notre vie, appris qu’il n’y a pas de plus grand amour que celui partagé par les membres d’une même famille. Durant mes années à l’école, un message était souvent véhiculé dans les cours de catéchisme : “Dieu est Amour.” C’est l’amour de ma mère pour ses enfants qui lui a donné le courage de s’exprimer seule au milieu de la rue pour leur sécurité . C’est l’amour de ma soeur pour moi qui l’a menée à ouvrir la portière alors qu’elle était en sécurité dans la voiture. C’est mon amour pour ma soeur et ma mère qui me portait et m’a encouragé à m’approcher de l’homme qui a peut-être tout ressenti… Si Dieu est Amour, il était sûrement avec nous.

Ma famille n’est pas la seule à avoir vécu des événements de la sorte en Haïti. Durant les dernières semaines à Port-au-Prince, plusieurs se sont fait attaqués, enlevés ou volés. Certains ont même péri sous les armes. Bien que lourde d’amertume et de traumatisme, cette expérience est l’une de celles ayant eu l’issue la plus heureuse: cinq membres d’une même famille sains et saufs, sans aucune égratignure… Le soir même, j’avais identifié à mon ami le facteur d’insécurité comme raison principale me gardant de revenir m’établir au pays.”Je ne saurais l’accepter, je la dénoncerais” dis-je sous le regard de ma soeur, de ma mère et de mon oncle. Quelques heures plus tard, poussé par l’amour des miens, je ne puis que m’avancer, calmement vers l’attaquant, les mains nues, ayant comme bouclier que ce sentiment. J’aime Haiti. Je la regarde pourtant de loin, comme nombre de mes frères, immobilisés par un sentiment d’impuissance, alors que ses ravisseurs la tirent encore plus dans la pénombre… Le vrai drame haïtien est peut-être que nous l’aimons pas assez…

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Le silence mortel du Kenya

Il était minuit et 10 minutes le 2 Avril et je cherchais toujours la dernière mise à jour des tristes événements qui s’étaient déroulés au Kenya sur la page officielle de CNN. 147 morts et leurs dernières nouvelles sur le sujet remontaient à 14:00… “Se fier à CNN pour les actualités, il faut vraiment être déconnecté.” Mais cette chaîne avait pourtant bien retransmis les événements de Janvier à Paris, couvert les derniers conflits de la bande Gaza, souligné la brutalité policière à Ferguson et traité du meurtre des trois jeunes en Caroline du Nord, tout cela avec une constance perceptible… Mais Kenya, rien en plusieurs heures…  Je n’ai d’ailleurs été informé de la situation que par pure hasard par le statut d’un de mes contacts.

“Minute de silence pour les victimes du Kenya demain.” Mais de quoi parlait-il? Il s’agissait sûrement de la commémoration d’un événement lointain. Dans mon fil d’actualité, tout semblait plutôt ordinaire : Sarkozy, Le Pen, Obama et les étudiants indignés du Québec se partageaient la une d’un côté des médias, et photos de chats, trois filles dans une voiture et autre selfies défilaient de l’autre.  Pas de ‘’Breaking News’’ récurrents comme ceux entraînés par les actions du terrible groupe extrémiste ou de mouvement virtuel de masse comme celui inspiré après la mort de l’acteur du dernier film de course (les photos de ce dernier ont d’ailleurs dominé les sites de nouvelles le 3 et le 4 Avril) … C’était une tranquillité absolue…  Ce n’est qu’après avoir navigué plus de 5 minutes que je trouvai enfin l’info sur la page de RFI.

 ‘’Nous sommes Kenyans’’, ‘’Kenyan lives matter’’ et plusieurs autres déclarations remplissaient la section des commentaires et commençaient à déferler sur les quelques pages d’infos qui traitaient de cette tragédie. Les grandes entreprises médiatiques étaient dénoncées comme coupables de noyer ces appels désespérés dans un mutisme assourdissant. Je fus, certes, surpris de noter l’absence sur le net d’articles sur ces événements dans les dizaines de journaux auxquels je suis abonné… Mais qu’en était-il des centaines de mes contacts? En parcourant l’actualité du jour, plusieurs statuts défilèrent sur mon écran et la quasi-totalité ne le mentionnait pas… Et quand au tout début je croisai le statut d’un ami d’enfance outré qui reprenait la nouvelle, je dus vérifier la source pour m’en assurer de la véracité. Le silence était irréel… La nouvelle était-elle si absente du net que PERSONNE ne l’aurait suive ?

 Les ‘‘followers” de la page bleue savent que la source d’infos y est inépuisable. On y retrouve de tout ou absolument rien. Mais une chose est certaine, elle suit un modèle que l’on peut diviser en quatre différents points :

-Quand un événement “d’intérêt général” est posté par les grands médias, le public se l’approprie et le relance.

-Quand un conflit “d’importance” prend place ici ou dans un autre hémisphère et que les grandes chaînes n’y font aucunement mention, les statuts d’individus se suivent pour relayer l’info et pour s’assurer qu’elle devienne virale.

-Quand par contre, les grands médias diffusent en chaîne les infos que plusieurs croient suspects, celles-ci sont bloquées, ignorées ou directement confrontées.

-Mais quand ni grands médias, ni public ne diffuse l’info… Il faut se questionner sur son importance et sa pertinence.

 À minuit le 2 Avril, le Kenya tombait dans la quatrième catégorie avec 147 morts… Un article de CNN publié à 3:00 AM qualifia la tuerie de ‘’long chemin de violence entre le Kenya et les militants de Somalie.’’ Un long chemin qui semble avoir fatigué plusieurs et rendu leur histoire de conflit redondante… Un titre d’un autre journal décrivait l’événement en huit mots: “147 chrétiens kényans tués par des militants somaliens”… Aucun de ces mots n’est-il capable d’entretenir la polémique? Est-ce qu’aucun de ces qualificatifs n’est propice à la viralité? Le pouvoir médiatique aujourd’hui ne repose pas uniquement entre les mains des grandes compagnies… Elles ont peut-être été silencieuses au sujet du Kenya, mais plusieurs d’entre nous avons également fait la sourde oreille…

Duvalier démocrate?

par Jean-Claude Louis.

publié le 29 juillet 2014

Alors Bébé a grandi et se lance lui-même en politique. Que le temps passe vite! Il semble que c’était hier quand ce dernier fut escorté hors du palais national un 7 février 1986 accompagné de sa femme après le soulèvement populaire et prenait l’avion vers la France pour habiter une luxueuse villa de la côte d’azur à 163.500 dollars par an… Et le revoilà, 28 ans plus tard, vieux et ”assagi” qui fonde ouvertement un parti politique alors qu’il est proie à des accusations de toute part pour violation des droits de l’homme, détournement de fonds, corruption etc. Je dois vous avouer que lorsque cette nouvelle est tombée, je ne pus m’empêcher d’éclater de rire.  J’ai également tout de suite vérifié le calendrier : nous étions bien le 24 avril donc le poisson avait déjà été mis au four et mangé depuis belle lurette!  C’était bien loin d’être une farce… Et quel nom de parti : LE PARTI DE L’UNITÉ NATIONALE! Franchement, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine admiration pour l’intelligence des stratégistes de Duvalier : en un seul nom regrouper oubli, pardon, efficacité et avenir, c’est un tout autre niveau de génie et d’audace! Et je peux vous garantir qu’il y en a beaucoup à être tombés sous le charme…

 Pour comprendre un peu l’engouement de certains et l’effroi des autres, feuilletons ensemble rapidement quelques pages de l’histoire. Jean-Claude Duvalier, Bébé Doc, est le fils de François Duvalier, Papa Doc, qui fut le président d’Haïti de 1957 à 1971. Le mandat du père ne fut pas si démocratique :  il créa sa propre milice, les Tontons Macoutes, responsables d’enlèvement, de torture et  de meurtres (30.000-Human rights watch), et se déclara président à vie 7 ans après son arrivée au pouvoir. Après sa mort, il laissa comme héritage à son fils de 19 ans la couronne présidentielle, les Tontons Macoutes, et la fortune qu’il avait si durement et travailleusement accumulée au fil des années. Il lui passa également la clé de Fort Dimanche, qui n’avait rien d’un lieu d’évasion de fin de semaine : dans cette prison, des centaines de milliers d’opposants au régime virent leur vie s’éteindre sous les coups des Tontons Macoutes et d’officiers de l’armée… Sombre tableau… Mais en avant de toute cette obscurité,  ce pays des Antilles semblait plutôt briller comme une perle.

 Pour les duvaliéristes, les quelques coups de matraque en valaient la peine. Sous Bébé Doc, les affaires avaient quand même repris de plus belle, l’aide monétaire des États-Unis affluait en masse, les entreprises manufacturières s’étaient établies par centaine et les touristes débarquaient par milliers. À cette époque, Haïti était d’ailleurs la destination touristique des Caraïbes, son nom était cité dans les émissions américaines comme Dynastie et des couples comme les Clinton venaient y passer leur lune de miel. Il y régnait un climat d’ordre et de droit ”IDÉAL”. Corruption? Mariage de 3 millions de dollars du couple présidentiel noté dans le livre record de Guiness? 300.000 à 800.000 dollars détournés selon Transparancy International ? “Détails!”. Pour les supporters,  les Duvalier volaient certes, mais ils ne faisaient pas QUE voler : il y avait AUSSI du ”bon” travail! Et comment justifier les abus de pouvoir, les tortures, les meurtres?

 Quelques années avant son retour en Haïti, Duvalier fit une déclaration récapitulative de son exil d’Haïti. Dans son beau discours, où il pris soin d’omettre ses extravagances financières de ses débuts en France, sa ruine et ses démêlées avec la Suisse pour récupérer les 6 millions de dollars de “sa famille”, il souligna la pauvreté actuelle d’Haïti, l’insécurité grandissante et l’échec de tous les gouvernements qui l’ont suivi. En d’autres termes, après Duvalier il n’y a eu que le déluge… Et nombreux sont ceux qui ouvrirent les bras à l’enfant prodigue…  Les affirmations du type “c’était tellement sécuritaire sous Duvalier” ou “les haïtiens ont besoin d’un régime de force”ou encore “les haïtiens ne sont pas prêts pour la démocratie” étaient d’ailleurs déjà lancées dans plusieurs salons bien avant son retour. Et le plus drôle, c’est que ces déclarations étaient formulées par des haïtiens eux-mêmes qui semblaient, par une quelconque magie d’exemption, ne plus faire partie de ceux qu’ils dénonçaient. Aujourd’hui encore, plusieurs persistent et signent:  les maux du pays demandent une prescription duvaliériste qui permettrait de rétablir un santé plus riche et stable, et si les “autres” souffrent d’effets secondaires graves : “Détails!”.

 Au XVIII ème siècle, la colonie de St-Domingue, ancienne Haïti,  fut décrétée la colonie la plus riche de la métropole française. Les colons y affluaient en masse et la France en était ravie. Pour les colons, l’esclavage et surtout le code noir qui renforçait l’ordre public par des articles permettant par exemple de couper les oreilles d’un esclave, de le mutiler ou de le bouillir à l’huile, étaient des mesures nécessaires pour atteindre cette prospérité… Ils défendaient ce code vigoureusement…  Le reste? ”Détails!” Par contre, ceux qui subissaient les sévices, n’étaient pas du tout du même avis… Et comme Duvalier, cela n’a pas tardé avant que les colons prennent la poudre d’escampette  pour la France!

Suivre Duvalier et se prétendre démocrate, c’est comme applaudir l’esclavage et se dire pour la liberté… Seule une nostalgie du passé peut justifier l’adhérence à un parti dont le chef d’un ancien régime dictatorial est le fondateur.  Comment vraiment espérer le meilleur de ces années-là et penser que le pire ne l’accompagnera pas? Plusieurs affirment que Bébé Doc n’était pas au courant des actions de sa milice, qu’il fut la victime du passé de son père et du poids de la couronne, que c’est son entourage qui fut responsable d’extorsion, qu’il a changé, qu’il est désolé etc … Peut-être… Mais l’exonération des fautes et le pardon ne sont pas chose du peuple comme à l’époque des combats dans les arènes : il en va aujourd’hui de LA JUSTICE. Seule la justice peut décider si Jean-Claude Duvalier est innocent des nombreuses accusations auxquelles il fait face. Mr Duvalier a-t-il des prétentions de démocrate? Qu’il le prouve.  Qu’il se livre donc aux règles démocratiques et attende son jugement, qu’il réponde aux demandes des nombreuses victimes.  Ce n’est qu’alors qu’on pourra croire que son désir d’unité nationale n’est pas réellement une farce.

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**Références :

1-Human Rights Watch-”Duvalier doit être traduit en justice” – http://www.hrw.org/fr/news/2011/01/17/ha-ti-duvalier-doit-tre-traduit-en-justice

2-Ici Radio-Canada-”Duvalier a volé 160 millions à Haiti”-http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/International/2011/01/31/011-duvalier-rapport-fraude.shtml

3-Human Rights-”Restitution des fonds Duvalier à Haiti”  http://www.humanrights.ch/fr/droits-humains-suisse/exterieure/economique-exterieure/droits-humains/lacune-droit-suisse-un-dictateur-recupere-fonds-bloques

4-Haiti Recto Verso- ”Message de Jean-Claude Duvalier à la nation” –http://haitirectoverso.blogspot.ca/2007/09/message-de-jean-claude-duvalier-la.html

La honte du créole

par Jean-Claude Louis

Alors que je prenais un verre la fin de semaine écoulée avec un ami québécois dans un bar à tapas sur la rue Mont-Royal, celui-ci me posa une question très intéressante. C’était l’une de ces questions philosophiques qui vous prend par surprise alors que votre état ne vous permet pas du tout d’entamer de discours cohérent : “Est-ce que la langue créole ne contribue pas à isoler de plus en plus le pays et à fermer le peuple encore plus dans la pauvreté?” Au lieu de monter vite au créneau et crier ce mot populaire qu’auraient lancé plusieurs de mes frères de couleur, je posai ma pinte de bière noire… Mais bon nombre de parents haïtiens élèvent leurs enfants à penser de la sorte!

Avant de nous immiscer dans le débat, définissons en quelques mots l’origine de la langue créole. Ramenés directement d’Afrique, les esclaves des Antilles étaient entourés de français, anglais et espagnols qui ne faisaient que se tirer dessus. Beaucoup d’entre eux venaient de tribus différentes et n’étaient liés que par la souffrance et l’atrocité que ces colons leur faisaient endurer…. Alors s’ils devaient sortir de ce charabia, il fallait absolument communiquer. Ils allièrent donc phonétiquement plusieurs mots français, anglais, espagnols et sans doute quelques termes africains ( lesquels? bonne question!) et le créole est né. C’est pour cela que l’expression “kouman ou ye” traduite à la lettre veut dire “comment you est” ou “comment tu es” ou encore “comment vastu“. D’ailleurs, plusieurs mots du joual québécois tirés de l’ancien français, comme par exemple le terme “isit”, se retrouvent dans la langue créole… Et voilà décrit très simplement, le passé tumultueux de notre langue.

Le créole contribua largement à l’établissement d’une communauté d’esclaves noirs, à l’aboutissement d’une révolte et à l’indépendance d’une île mais il n’a jamais vraiment été une fierté pour le peuple haïtien, ou plutôt pour l’élite haïtienne. Les valeurs du créole sont chantées certes à haute voix dans la chanson et dans les livres, mais dans les coulisses, c’est une toute autre histoire. Je vais d’ailleurs vous dévoiler trois grandes règles ou commandements de l’éducation linguistique en Haiti :

1er Commandement : Tu ne t’adresseras jamais à tes parents en créole ( à moins que tu sois majeur!)

2ème Commandement : Tu n’aborderas JAMAIS une jeune fille en créole (à moins que ce soit ta sœur et ceci,  bien sur,  en l’absence de tes parents!) sinon tes chances de réussite deviennent nulles et la jeune fille courtisée partira en courant!

3ème Commandement : Tu ne parleras jamais le créole à l’école.

Je dois vous avouer que je n’ai jamais compris le troisième commandement. Le créole a été inclus comme cours obligatoire dès la première année du primaire avec toutes ses règles de grammaire et il m’était interdit de le parler à l’école? Un enfant n’a pas besoin d’avoir toute sa tête pour être confus par ce règlement… Et le plus drôle dans cette démarche est l’imposition de cette règle aux professeurs… Je n’ai jamais oublié cette scène de mes 16 ans, pendant le dernier cours de physique de l’année académique où le prof, se croyant en sécurité, lâcha prise et s’adressa à nous dans la langue interdite. Mais le frère-directeur de l’établissement avait une technique de “sniper” et pouvait faire irruption dans la salle de classe en toute discrétion. Et le voilà, sans s’annoncer, debout devant le tableau alors que nous étions en pleine discussion sympathique avec le prof. La vitesse et l’habilité avec lesquelles notre prof virevolta du créole au français furent dignes d’un acrobate du Cirque du Soleil!

Et qu’en est-il de l’accent créole? Mon Dieu. Les règles de grammaire et de syntaxe peuvent être parfaites mais si l’accent dénote une quelconque appartenance au créole, le coupable est un descendant d’esclaves (comme si nous l’étions pas tous sur cette île…) Et attention, cela peut même se manifester dans les résultats des entrevues d’embauche…

Mettons en scène deux scénarios. Deux hommes arrivent à leur réunion dans une entreprise reconnue:

Homme 1 très qualifié : Je suis vraiment désolé, mais ma voiture a eu du mal à démarrer. Il y avait clairement un problème dans l’embrayage.

Homme 2 moyennement qualifié : C’est pas ma faute. J’ai mis la voiture sur neutre mais ça ne voulait pas start.

La candidature de Homme 1 est refusée. Pourquoi? Parce que, en fait, la prononciation donnait ceci: “ suis vraiment désolé, mais ma voiti a i di mal à démarrer…”  Prononcez cette phrase de la sorte en public dans mon cher pays et je peux vous assurer que vous serez la risée de vos auditeurs. La règle d’approbation sociale est pourtant simple: “au diable, les règles! La phrase peut ne vouloir rien dire mais si elle est correctement prononcée avec l’accent de la ville, vous êtes des nôtres.”

 Revenons à la première question de mon interlocuteur : le créole ne contribue-t-il pas à fermer le peuple haïtien encore plus dans la pauvreté? Les statistiques selon Unicef indiquent que 100% de la population parle le créole contre seulement 10% qui s’exprime en français (j’avais dit 40% à mon ami, il faut croire que la bière faisait effet!). La réponse automatique semble être qu’étant donné son statut de pays le plus pauvre de l’hémisphère américain, la relation entre le créole et la pauvreté est directe. Mais le véritable questionnement pourrait être celui-ci : comment un peuple peut-il évoluer s’il ne comprend pas ce que l’élite lui raconte? Il n’y a t-il pas moyen de rendre accessibles les données scientifiques, de l’éduquer en utilisant sa propre langue? Le meilleur exemple est le cas du Brésil, seul pays sud américain dont le portugais est la langue officielle: tout expert linguistique conviendra que la phonétique brésilienne est de loin différente de celle du Portugal. Le Brésil a quand même embrassé son unicité et l’excellence économique fut accessible. Et ne parlons pas de la Suisse avec ses quatre langues officielles!

L’excellent travail réalisé par l’élite haïtienne a été de montrer au peuple, dès son enfance, que sa langue maternelle, sous toutes ses formes, est synonyme d’infériorité. Elle est sympathique du point de vue culturelle, écrite en lettres d’or dans la constitution comme langue officielle, dans les discours populistes, mais du point de vue scientifique et professionnelle, elle n’a sa place que dans la rue… Quand je suis arrivé à Montréal, grande a été ma surprise de constater que la diction tant recherchée par mes frères haïtiens n’était pas un critère de sélection dans les sphères du milieu professionnel: les compétences priment pour assurer le succès des entreprises. Nul besoin d’être un expert en économie pour comprendre que cette formule de discrimination linguistique n’a pas fait ses preuves en Haïti… Le créole est l’une des deux langues officielles du pays, il serait peut-être temps que les familles, le gouvernement et 100% de la population l’assument…

Duhaime et son cirque

jase_Duhaimepar Jean-Claude Louis

En écoutant le numéro d’Éric Duhaime sur la communauté noire et spécialement sur la communauté haïtienne de Montréal, nul ne peut s’empêcher d’avoir un peu froid dans le dos. Il a quand même utilisé l’une des meilleures techniques d’animateur radio à la recherche de controverse : prendre le fait “hot” de l’heure (perquisition chez le boxeur Jean-Pascal), prétendre connaître les chiffres et jongler avec (échec de l’administration Obama, passé Adonis + vie personnelle Tyson =  Black Univers) pour sortir finalement l’idée préconçue qui bouillonnait dans ses entrailles. Encore un peu, on y aurait vu de la magie ou les tours d’un sorcier.

Comment une personne ayant un tel talent d’illusionniste (désillusionniste?)  peut-il travailler dans une radio? Quelqu’un devrait absolument lui trouver une place dans un cabaret. Oui, pourquoi pas pour le mois de l’histoire des noirs?! Ce ne serait peut-être pas le meilleur auditoire pour sortir du beurre de son chapeau, mais c’est sûr qu’il ferait un tabac étant donné qu’il devra se surpasser pour arriver à le convaincre : l‘hypnotiseur végétarien,  après son show, vous sortez la tête remplie de salades!

Dans son intervention, Éric Duhaime n’a rien d’un historien, d’un analyste économique ou d’un sociologue. Il se présente comme un animateur radio en quête d’écoute prêt à utiliser les mêmes techniques que son voisin américain Rush Limbaugh pour “charmer” les non-informés. Ne pas le prendre au sérieux signifie précisément lui donner la place qu’il s’est gagnée : sur une scène avec les clowns.

Le poids du rêve de Chávez

par Jean-Claude Louis

Après la mort de plus de 28 protestataires et l’annulation de la manifestation prévue pour le 15 mars en raison de menaces proférées par les partisans du régime, la mobilisation a repris de plus belle et regroupé le samedi 22 mars plus de dix milliers de personnes dans les rues de Caracas. Cet appel à la contestation lancé par le chef de l’opposition Leopoldo Lopez emprisonné depuis le 18 Février, fait suite à l’ensemble des événements qui se sont succédés depuis la journée de protestation du 5 février organisée par des étudiants de la ville de Tachira pour dénoncer la tentative de viol d’une étudiante. Se voulant au départ une mobilisation contre la criminalité et l’insécurité, celle-ci s’est vite élargie pour maintenant s’identifier comme un mouvement dénonçant les difficultés économiques, la répression policière et demandant la démission du président Maduro.

 

Seulement une année après la mort de Hugo Chávez, l’élection de son successeur Nicolas Maduro et la démonstration du peuple de leur profond attachement à la révolution bolivarienne, il semble étonnant de constater la tournure actuelle des événements. Le gouvernement Maduro, visé par un soulèvement qui ne veut s’éteindre, crie d’ailleurs haut et fort à la mainmise étrangère et accuse Obama d’incitation à la violence. Cet avis est aussi partagé par une certaine partie de l’opinion publique qui se rappelle très bien du coup d’état manqué de 2002 supposément planifié par la CIA… Ceci ne serait qu’une autre tentative de déstabilisation de l’Occident pour s’approprier le pétrole du Venezuela, et rien ne les arrêtera dans leur éloge du régime chaviste. Cependant, les données continuent également d’afficher un résultat de gouvernance alarmant qui devient de plus en plus irréfutable.

 

Nelson Merentes, président de la banque centrale vénézuélienne, a finalement reconnu, le 16 mars passé, que le Venezuela était frappé par une “crise économique”. L’inflation a atteint l’ordre des 57%, le plus élevé de l’amérique latine, et une pénurie des denrées les plus élémentaires comme le lait et le papier hygiénique se fait sentir dans plusieurs villes du pays. Bien qu’onzième producteur mondial de pétrole brut d’après BP Statistical Review Of World Energy, l’ombre de la faillite plane constamment sur le Venezuela selon des analystes: certains pensent, comme le professeur Pedro Palma, que la fuite d’une partie des recettes du pétrole “en dons, notamment à Cuba, en prêts aux petits pays de la Caraïbes”  en serait la cause. L’autre pDépendance au pétroleartie, largement subventionnée par l’État (0,06$/gallon) sert à rembourser les dettes du pays. Les obligations du Venezuela sont en effet de l’ordre de 15% et le remboursement à temps de ses dettes dont l’argent sert à financer l’industrie pétrolière et les programmes sociaux est la priorité numéro 1 du gouvernement. Par conséquent, le retard de paiement des entreprises entraîne très souvent leur arrêt de travail. Le secteur manufacturier a considérablement décliné et dans la foulée, Toyota, dernière compagnie d’assemblage automobile au Venezuela, a récemment annoncé l’arrêt total de la production. La dette aux entreprises privées s’élève aujourd’hui à 13 milliards de dollars et selon la Banque Mondiale, le Venezuela occupe la 181ème place sur 189 des pays au climat propice au développement des affaires. Pour un pays dont le pétrole, vendu à un prix dérisoire,  représente 94% des exportations (voir tableau NAXITIS), une baisse de la production nationale dans toute autre secteur mettrait l’économie au fond du baril…


 Le climat de confiance étouffant ne se limite pas uniquement à l’économie. Le Venezuela est classé parmi les 5 pays les plus violents au monde, devant la Colombie, et Caracas la troisième ville la plus dangereuse.  Ce grave problème d’insécurité a été remis en avant dans l’actualité internationale avec l’assassinat en pleine rue, le 8 janvier 2014, de l’ancienne Miss Vénézuela Monica Spear Mootz et de son compagnon, un meurtre flagrant qui a malheuresement contribué à bousculer la conscientisation. Selon l’Observatoire Vénézuélien de la Violence (OVV),  le taux d’homicide s’élève à 79 morts pour 100000 habitants et les crimes sont soumis à un taux d’impunité de l’ordre de 90%.  Ajoutée à cette situation de violence, la sortie de la milice militaire, “les Tuparamas” a été grandement remarquée lors des dernières manifestations. Le journaliste de la chaine colombienne NTN24 Jonathan Bilancieri les décrit comme suit, “ (…) des groupes de paramilitaires, défenseurs du Chavisme, qui opèrent librement à la vue des forces de sécurité et qui intimident l’opposition. Ils sont munis d’armes lourdes et se déplacent à moto. Ils sèment la terreur à travers les rues. A chaque fois que les étudiants manifestent dans la rue, les Tupamaros se mettent en marche. Ils sont le bras armé de la répression contrôlé par le gouvernement…” Mais la dénonciation ouverte de l’état d’insécurité et son exposition sur la scène internationale n’est pas applaudie par le gouvernement Maduro : le 12 Février, la chaine colombienne NTN24 fut frappée d’interdiction d’émission par le gouvernement vénézuélien…

 

Un redoublement des mesures de censure a été grandement noté par les médias et journalistes internationaux après leur couverture des événements et surtout après l’identification des coupables. Dans une entrevue accordée à la station RFI, Rachel Jolly, éditrice de l’un des organismes les plus influents de liberté d’expression au monde, Index on Censorship, dénonce la police comme responsable des violences enregistrées lors des dernières démonstrations et soutient que celle-ci aurait même ciblé des journalistes. Dans le but d’empêcher la propagation de ces images, le gouvernement aurait entrepris l’interruption du service de Twitter lors des importantes manifestations du 12 et du 13 Février, une interruption rapportée par le réseau de blogutest.pngeurs et de citoyens journalistes, le Global Voices Advocacy et par Reporters sans Frontières. Ce  contrôle serré de l’information est même devenue légale avec la stricte application de l’article 27 de la Loi sur la Responsabilité Sociale pour la Radio, la Télévision et Média Électronique: cet article stipule que toute personne ou organisation coupable d’incitation à la violence et responsable de troubler la paix publique pourrait être frappée de lourdes amendes. Cette croisade contre la transmission de l’information a d’ailleurs ciblé l’agence de nouvelles CNN, dont le visa de quatre de ses correspondents a été révoqué et la compagnie menacée directement d’expulsion par le président Maduro. Mais l’emprise du gouvernement sur les médias ne date pourtant pas d’hier  : selon un rapport de Reporters sans frontières, la répression sur la liberté de la presse au Venezuela a augmenté de 89% en 8 ans (voir tableau) et semble coïncider, d’après certains analystes, à la fermeture de RCTV et la mise en vente à des proches du pouvoir de Global Vision, l’un des derniers médias indépendants.

 

Grave crise économique, soulèvement et répression, violence et insécurité, muselage de la presse… La frustration des citoyens face à cette situation devient d’autant plus compréhensible vu la richesse pétrolière et le potentiel économique énorme du pays. Il est cependant important de souligner le support du gouvernement par une bonne partie de la population:  la pauvreté a en effet considérablement diminué sous le gouvernement Chávez dans les dernières années et atteint le niveau le plus bas de toute l’amérique latine. L’héritage de Chávez est dans ce sens très riche et vivant dans la mémoire de plusieurs… Mais aujourd’hui, le pays semble se noyer sous le poids de ce rêve et les citoyens se soulèvent de jour en jour pour dénoncer l’entêtement de son gouvernement à ajuster la trajectoire du navire et pour lui exiger le bonheur qui lui avait été promis…. Pourquoi questionner la légitimité de ce mouvement? Pourquoi applaudir un printemps arabe et hué un autre mouvement dont les requêtes sont aussi pertinentes et essentielles ? Les vénézuéliens refusent désormais de couler sous le poids du rêve de Chávez et sont prêts à affronter la dure réalité malgré les violentes ripostes du régime…  L’opinion publique devrait peut-être ouvrir les yeux et supporter le mouvement avant que la situation tourne à un véritable cauchemar.

 

***Références

1-NATIXIS Special Report | Recherche économique : Le Venezuela, une bombe à retardement:   http://cib.natixis.com/DocReader/index.aspx?d=334A416835564641354A6B30325233565A75695267673D3D

2- Le monde.fr | Le Venezuela veut réagir après la mort d’une de ses Miss : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2014/01/08/le-venezuela-veut-reagir-apres-l-assassinat-d-une-de-ses-miss_4344487_3222.html

3-Global Voices Advocacy | Venezuela : Authorithies threaten to fine Media Outlets for Protests Coverage : http://advocacy.globalvoicesonline.org/2014/02/12/venezuela-electronic-media-are-threatened-with-fines-for-covering-protests/

4- Le figaro.fr | La guerre du papier toilette sévit au Vénézuéla : http://www.lefigaro.fr/conso/2013/09/26/05007-20130926ARTFIG00352-la-guerre-du-papier-toilette-sevit-au-venezuela.php

5-Université de Sherbrooke | Perspective Monde : http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?codeTheme=9&codeStat=PF.LIB.PRESS.RSF.IN&codePays=VEN&codeTheme2=9&codeStat2=x&codePays2=VEN&langue=fr

6-International Finance Coorporation/The Word Bank | Doing Business : http://www.doingbusiness.org/rankings

7- Venezuela | La Banque centrale admet une crise économique : http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRL6N0MD0RO20140316

8-Reporters Sans Frontières | Crise nationale : Le droit à l’information de plus en plus menacé : http://fr.rsf.org/venezuela-crise-nationale-le-droit-a-l-26-02-2014,45932.html

Épisode 3 (2ème partie) : Will Miller

Déjà impliqué dans les efforts de secours après le séisme de 2010, Will Miller retourne en Haiti pour lancer un projet de reboisement au moyen d’une “superplante” : le bambou. Il nous explique sa stratégie et répond aux questions sur la controverse autour de la présence de l’aide internationale en Haiti.

Already implicated in relief efforts after the 2010 earthquake, Will returns to Haiti to implement a reforestation project using a “superplant” : the bamboo. He explains us his strategy and answers questions about the controversy surrounding the presence of foreign help in Haiti.

Ça Jase avec Jean-Claude

Une Vraie Comédie : Famille “terrifiée” par une de ses visites au Maroc

Une vidéo devenue virale au Québec où une famille étale son “savoir” en pleine assemblée nationale dans une commission sur la charte de la laïcité. Quelle comédie!!!

épisode 3 (1ère partie) :Will Miller

“C’était un plaisir de tourner cet épisode avec Will! On a pu rigoler tout en abordant un sujet assez sensible… Bravo pour son implication!”

Contre toute attente, Will Miller rentre en Haiti au lendemain du tremblement de terre de 2010 pour fixer son projecteur sur la dévastation et sur les organismes humanitaires en panne de visibilité. Il nous raconte son histoire et nous parle de son organisation Developing Pictures.

SCOOP! : La charte des valeurs vue par un Français.

scoop5Dans l’une de ses affirmations pour supporter le projet de la charte des valeurs, le chef du gouvernement québécois fit l’éloge de la France, la félicitant d’avoir “trouvé un espace pour bien vivre avec tous (ses) ressortissants d’autres religions.” (source: Denis-Martin Chabot. http://www.radio-canada.ca)

Pour le premier numéro de Scoop!, nous rencontrons Victor Frontera, un jeune gestionnaire d’entreprise d’origine francaise qui résida au Québec de 2003 à 2009. Dans cette entrevue, il revient sur  les propos de Mme Marois et donne ses impressions sur le futur projet de loi.

SCOOP! : Victor, tu as vécu pendant 6 années au Québec en tant qu’étudiant étranger. Comment as-tu trouvé Montréal en termes de diversité culturelle et d’intégration immigrante?

Victor Frontera : J’ai trouvé que Montréal était une ville très accueillante, très facile d’accès, qui intégrait très bien les immigrés. En tout cas c’était mon ressenti… J’ai pu remarquer une facilité d’accès au système… Je trouve que c’est plus facile pour les étrangers de s’intégrer ici plutôt qu’en France…

Capture d’écran 7S! : Le premier exemple avancé par le gouvernement québécois pour supporter l’élaboration de la charte des valeurs fut l’exemple de la France. Est-ce que tu trouves que l’application de certaines interdictions en France, comme celle du port du voile dans les écoles, a vraiment contribué à y créer un espace de bien vivre?

VF : C’est un sujet assez sensible… Il y a eu, avant la charte au Québec, un débat en France sur le port du voile dans les institutions publiques et tout de suite cela a créé la polémique. On est alors revenu en arrière pour dire  “pas de signes ostentatoires dans les lieux publics…”  Cela a créé un climat communautariste, cela a retranché des gens envers des valeurs qu’ils n’avaient pas forcément. Parce qu’un soi-disant fils d’immigrés qui est avec sa famille en France depuis trois générations, quels intérêts a-t-il de dire  “moi je suis marocain avant d’être français ” alors qu’il ne le disait pas avant ou ” moi je suis indien avant d’être français…”?

Je ne sais pas si le Québec fait bien de prendre exemple sur la France. Je trouve qu’en termes d’immigration, le Québec a des bonnes valeurs. Ce n’est pas toujours très réussi, comme partout, mais en France c’est encore moins bien réussi. Alors, si on prend exemple sur la France, je pense qu’on va du mauvais côté de l’histoire.

S! : Mais pourtant, il a été dit que cela a créé un climat de bien-vivre…

VF : Cela a permis d’apaiser des gens, les mécontents, mais cela ne crée pas un climat de bien vivre. Cela crée une animosité entre les gens. On dit : « toi, tu n’as pas le droit de porter ton voile » ou  « toi, tu ‘as pas le droit de mettre ta kippa. » On montre du doigt des gens qui seraient finalement des  hors la loi…

Cela a créé plus de problèmes… On lance, comme on dit, un pavé dans la mare et là ça fait des vagues alors qu’il n’y en avait pas avant.

Capture d’écran 3 (1)S! : Dans la fonction publique, il est déjà interdit d’afficher ouvertement ses allégeances politiques, mais la liberté d’expression n’est pas contestée dans ce cas-là. Pourquoi en interdisant des signes ostentatoires dans ce même espace ce serait porter atteinte à la liberté d’expression ou de la religion?

VF : Je trouve que le débat peut ne pas être le même…  Quand on travaille dans la fonction publique , qu’on affiche sa religion ou pas, le  travail est fait de la même manière, et on ne  porte pas  atteinte aux autres. Par contre en politique oui… On peut dire que celui-ci va mal faire son travail parce qu’aujourd’hui le gouvernement est celui-là et il affiche ouvertement qu’il est contre … La religion, parce qu’on est dans un pays laïque, ne joue pas sur la manière dont tu vas servir ton pays.  Il y a nuance.

S! : Les accommodements raisonnables ont été l’une des principales raisons de la formulation de la charte des valeurs. Exemple d’accommodement raisonnable : toi, Victor, tu vas dans un centre communautaire et tu demandes qu’à une certaine plage horaire  toutes les personnes qui effectuent une activité là-bas soient des français…

VF : ou des françaises…

S! : Oui (rires) ou des françaises (rires). Ce serait refusé dans ce cas tandis que pour la religion  la demande pourrait être analysée et même acceptée… En tant que gestionnaire d’entreprise, comment penses-tu qu’on devrait affronter le problème des accommodements raisonnables?

VF : (pause) Je pense qu’on touche à la communauté… Si par exemple on parle d’une piscine municipale, c’est la ville qui l’a construite, c’est pour tout le monde.  Maintenant, s’il y a des religions ou des gens qui disent : ” nous, on ne va pas à la piscine en même temps que les hommes ou  les femmes etc…”, je pense qu’on rentre dans le domaine du privé. Et dans le domaine privé, aujourd’hui,  cela se négocie, cela se paye.

Pourquoi ne pas dire que dans le domaine public, tout le monde a accès à la piscine de 9 h du matin jusqu’à 19 h, ou 20 h, et ensuite on loue la piscine, on loue le théâtre, on loue ce que vous voulez… Une fois que tu n’offres pas le service à tous les concitoyens mais seulement à une partie, c’est du business, ce n’est plus un service communautaire. Pourquoi ne pas gérer ce problème de cette façon-là?

Capture d’écran 10

Au prochain numéro de Scoop!, ” la charte des valeurs vue par une canadienne musulmane.”